La table-neige

 
 

La table-neige
1996
sculpture avec automatisation
chemises de femme, patins, skis, bois, acier, acrylique vitrifié, moteurs, détecteur de mouvement avec minuterie électronique, éclairage incandescent
table : 120 x 240 x 160 cm, plus skis suspendus en mouvement
documentation : – photo©Diane Landry – vidéo©Boris Firquet – montage vidéo©Diane Landry

2013

  • The Cadence of All Things, Cameron Art Museum, Wilmington (Caroline du Nord, É.-U.).

2012

  • Correspondances, commissaire : Nicole Gingras, Manif d'art 6 – Machines : Les formes du mouvement, Musée de l'Amérique française, Québec (Québec, Canada).

2008

  • Les défibrillateurs, commissaire : Eve-Lyne Beaudry, Musée d’art de Joliette, Joliette (Québec, Canada).

1999

  • Humeur à patiner et L'Étreinte atroce, Musée d’art contemporain des Laurentides, Saint-Jérôme (Québec, Canada).
  • Humeur à patiner et L'Étreinte atroce, Centre d'exposition d'Amos, Amos (Québec, Canada).
  • Humeur à patiner, Artcite Inc., Windsor (Ontario, Canada).

1998

  • Humeur à patiner, Artemesia Gallery, Chicago (Illinois, É.-U.).
  • Humeur à patiner et L'Étreinte atroce, commissaire : Françoise Balboni, Centre d'Art Contemporain Passages, Troyes (France).
  • Structures du quotidien, commissaire : Carl Johnson, Musée régional de Rimouski, Rimouski (Québec, Canada).

1996

  • Humeur à patiner, Obscure, Québec (Québec, Canada).
  • Humeur à patiner, Espace Virtuel, Chicoutimi (Québec, Canada).

Il faudra attendre la création de La table-neige [cat.5], en 1996, pour que l’artiste s’affranchisse définitivement du système de règles qui structurait jusque-là les collectes d’objets destinés à lui servir de matériaux, une transition qu’elle décrira ainsi : « Il s’agit toujours de cette idée de collection, mais cette fois je recherchais quelque chose de précis et c’est moi qui choisissais. C’était la première fois que je faisais une collection de cette manière6.» Pour réaliser La table-neige, Diane Landry a choisi de travailler avec des blouses de femme, qu’elle a découpées en morceaux pour n’en conserver que le col et les manches. Ceux-ci ont ensuite été imbibés d’acrylique, puis chauffés sous pression en usine, de manière à ce que les tissus se durcissent, se vitrifient et deviennent translucides. Les bouts de blouses ont ensuite été assemblés pour former une table dont les pattes sont chaussées de patins à glace de femme et sur laquelle repose une bouilloire transformée en casque protecteur. Une paire de skis de fond suspendue au-dessus de la table piétine dans le vide sous l’action d’un mécanisme rotatif fabriqué avec des poêlons. Les blouses, les patins, les skis, les poêlons, la table et la bouilloire ont été délibérément choisis pour évoquer une réalité sociale que l’artiste souhaitait représenter par une sculpture. L’œuvre s’inspire en fait des prostituées que Landry apercevait quotidiennement et qui l’avaient profondément marquée lorsqu’elle les avait vues travailler au cours de son premier hiver dans le quartier Saint-Roch à Québec. Le piétinement des skis de fond qui surplombent cette table de neige et les patins à glace qui la supportent de manière précaire évoquent les conditions de travail difficiles que connaissent les prostituées de la rue en hiver.

Utilisés pour leur potentiel métaphorique dans La table-neige, les objets y revêtent un statut différent de celui de l’artefact qu’ils avaient dans les œuvres précédentes, annonçant ainsi un tournant dans la pratique de Landry. En effet, une ribambelle d’objets usuels — parapluies, tourne-disques, skis, patins à glace, jouets, bouilloires, bouteilles d’eau, essoreuses à salade, paniers à linge, futons, etc. — seront dès lors systématiquement déviés de leur fonction première pour entrer dans l’univers poétique de Landry. Cette évolution dans la pratique de l’artiste transparaîtra également dans le maniement des titres qu’elle attribue à ses œuvres, qui participeront désormais eux aussi aux multiples suggestions de sens qu’évoquent les objets familiers utilisés dans ses installations et ses performances. Si précédemment les œuvres comportaient des titres plutôt descriptifs (Environ 8000 kilomètres, Utica Project, Stratégies parallèles, etc.) qui allaient de pair avec le caractère programmé des collectes d’objets, les titres se présenteront dorénavant comme des surgissement énigmatiques ou comme des indices laissés ici et là pour donner matière à interprétation7.

(Extrait du catalogue Les défibrillateurs/The Defibrillators, Musée d’art de Joliette et The Robert McLaughlin Gallery, texte : Eve-Lyne Beaudry, p. 11-12.)